Friperie: Histoire et enjeux

Histoire de la friperie

 

friperie vintage

 

 Friperie et enjeux sociaux

 

L’influence sociale et culturelle du vintage :

 A travers cette article nous retracerons l’histoire du vintage et de la fripe durant les 19ème et 20ème siècle.
 
Dans l’imaginaire collectif, la friperie, le marché de l’habillement vintage est un petit commerce de détail. Nous allons voir que la réalité est toute autre.
 
 Friperie dans les grandes capitales européenne
 
Dès 1811, on considère que le marché de la fripe nécessite un hall dédié. A la capitale c’est le gigantesque et prestigieux hall du Carreau du Temple dans le 3ème arrondissement de Paris qui servira de foyer pour le marché de la friperie à Paris.
 
Très vite le marché de la friperie est inclus dans une forme de commerce ordinaire et de modernité commerciale.
 

 

friperie

 

A Londres en 1840, des fripiers s’organisent pour acheter des ensembles de bâtiments, fonds commerciaux, les fondent et créent un immense marché de la friperie. Néanmoins ce marché reste d’importance moindre que celui du Carreau du Temple de Paris.

 

friperie londre

 

C’est ainsi que deux grandes places européennes de la friperie sont nées au cours du 19ème siècle.

 

De l’autre côté de l’océan Atlantique se crée également un engouement autour de la fripe et du vintage. A New York dans le sud de Manhattan, un quartier vintage voit le jour, très populaire à l’époque.

 La fripe est un commerce à l’échelle international, les vêtements circulent à travers les continents.

 Dès les 19ème et 20èmes  siècles, la friperie est vue comme une alternative à l’uniformisation de la mode

 

Friperie n’est donc plus une appellation désignée pour un petit commerce revendeur de vêtement, mais représente un commerce réel du quotidien très puissant économiquement.

 

Le développement du vintage et de la fripe est lié à la confection industrielle masculine de l’époque. Le vintage se développe avec l’obsolescence du vêtement.

 

friperie New york

 

Le consommateur ne perçoit pas la friperie comme un commerce de vêtement au rabais. Les tailleurs retransforment et adaptent les vêtements. Dans l’esprit du client, la notion de « vêtement neuf » est absente.

 Dans la pensée commune, on voit la friperie comme une catégorie commerciale particulière du vêtement tout fait.

 Hausmann lui-même, lorsqu’il a remodelé Paris, considérait qu’il était important de conserver un hall pour la friperie et le commerce de vêtement vintage.

 La fripe est un commerce extrêmement spécialisé. Au XIXème siècle, une grande partie du travail résidait dans le tri du vêtement. Devoir trier une grande quantité de vêtements de fripe constituait une grosse quantité de travail.

 

Friperie: un commerce qui pèse lourd économiquement

 Le temple du Carreau était une plaque tournante du commerce de la friperie. En effet plus de 500 tonnes de fripes était exporté chaque année et plus de 250 tonnes de vintage était importé.

 La vente de vêtements et d’uniformes militaires représentait une majorité de la demande. Les fripiers étaient avantagés par rapport à cela car les changements de régiments très fréquents injectaient ces uniformes dans le commerce et venaient réapprovisionner leurs stocks.

 

friperie

 

Selon les archives de commerce de l’époque, certains fripiers achetaient même jusqu’à 25 000 uniformes militaires en une fois (on s’éloigne de l’image du petit commerce insignifiant).

 

Friperie : un commerce avantageux pour les marchands

 Partout où il y a confection industrielle il y a du vintage. Certains marchands de fripe se réapprovisionnaient aux sorties de collèges et lycées en uniformes d’enseignants, d’élèves et de surveillants.

 

vintage

 

Selon les archives de l’époque, au crédit municipal (lieu de prêt sur gage) 60% des objets déposés étaient des vêtements.

 

Tous les accidents industriels sont également bénéfiques pour le marché de la fripe. Lorsque des soldes ne marchent pas, les vêtements se retrouvent dans les mains des friperies.

Autre exemple les inondations des stocks de vêtements viennent également abreuver le marché vintage.

 Un autre circuit d’approvisionnement est celui du don et de la charité. Le don du vêtement est également une source d’approvisionnement du marché de la fripe.

 

Le commerce de la friperie nécessite néanmoins beaucoup de main d’œuvre pour trier les vêtements. Il reste quelques usines de tri en France mais une grande partie de la main d’œuvre est délocalisé au Maghreb. On retrouve notamment une grande usine de tri de vêtement de fripe en Tunisie.

 

Le déplacement de la marchandise et le tri sont les deux grands circuits du marché de la fripe.

 

Rentre en compte également la dimension de transformation du vêtement. Par exemple certains uniformes vintages ont un tel prestige qu’on a peur de l’usurpation via l’uniforme. On dégrade et on arrache alors tout digne de distinction. Pour valoriser une pièce de fripe, il fallait la retravailler.

 

Un célèbre fripier de l’époque du nom de Ben Simon a basé sa réussite sur la pratique du stock militaire retravaillé. Il a effectué énormément d’allers-retours entre le Maghreb et l’Europe.

 

 

Il existe plusieurs branches au sein de la fripe :

 Friperie de luxe : celle qu’on peut retrouver dans les beaux quartiers par exemple.

Friperie consacrée aux artistes : à la vente de costumes pour divers spectacles, pièces de théâtre, cinéma….

 Et enfin les friperies plus ordinaires, celles qu’on pouvait retrouver aux grands marchés de Londres et de Paris.

 

Friperie et question d’identité sociale

 

Selon les archives du Carreau du Temple, les gens achètent en grande majorité des vêtements correspondant à leurs rangs sociaux. Nous ne sommes donc pas sur un jeu d’usurpation sociale comme le laissait entendre certains ouvrages de la littérature de l’époque.

 

Le Carreau du Temple est néanmoins un lieu où les signaux sociaux se brouillent. Ouvriers et bourgeois viennent qui s’y retrouver pour s’habiller vintage chez les fripiers.

 

Le carreau du temple

 

Les jeunes de l’époque et leur rapport à la fripe

 

Il existait un autre grand centre dédié à la friperie à l’époque à Paris : Les carreau du Temple et la rue de l’école de médecine à Paris

 

La rue de l’école de médecine à Paris fourmillait de friperies.

 Tous les étudiants et étudiantes à proximité qu’on pourrait qualifier de « bohèmes » vont venir s’habiller dans ces friperies. Ils vont y acheter du vêtement « anti-bourgeois » pour se différencier de leurs parents. La plupart y achètent des vêtements originaux, anciens et médiévaux. Ils cherchent à travers la fripe de la singularité dans l’uniformité.

 

Les étudiants sont très attachés à la fripe. La jeunesse populaire va se distinguer par le vêtement vintage. Les fils d’ouvriers vont s’habiller avec de la fripe de manière élégante : une manière pour eux d’exprimer leur répulsion au travail manuel.

Tous les mouvements jeunes à partir des années 50 se forgent une identité à partir de la friperie.

 

rue école medecine

 

 Le « QG de la mode » se situe dans « les Puces de Saint Ouen ». Une jeunesse aisée vient trouver des vêtements singuliers (Caban US Navy, Chemises US, Surplus US....) à la marge de la confection industrielle.

 Cette jeunesse de l’époque veut sortir du système vestimentaire conventionnel. Cela est lié à l’imaginaire attaché au monde de la fripe.

 La Friperie à l’époque a une image et une identité à part entière.   « La fripe c’est chic », le chinage, chasser du vêtement, la singularité : autant de concepts qui viennent entretenir l’image de la friperie.

C’est la « culture du vrac » et un certain désordre sophistiqué qui y attire le plus grand nombre.

 En achetant de la fripe on achète également des histoires, des récits.

 Le Carreau du Temple va approvisionner tous les marchés de province et va se positionner comme l’un des plus grands fournisseurs en friperie de l’époque. Les marchés et foires de toutes les villes de France vont s’y approvisionner.

 

friperie paris

 

Le Carreau du temple exporte en Europe et au Maghreb mais pas seulement. Beaucoup de pays d’Amérique latine ont besoin de vêtements type uniforme militaire et administratif. A titre d’exemple, l’armée Haïtienne achète 200 000 tuniques de gardes nationaux en 1852.

 En 1880, la fripe est partout dans le monde. On peut retrouver des uniformes militaires Français et Anglais à Madagascar.

 Friperie : un commerce lié au temps

 La fripe va être le lieu d’une fabrication d’identité. Le temps fait augmenter la valeur des choses, on achète un vêtement pour sa patine, pour son vécu.

 La friperie vient alors contrecarrer l’uniformisation vestimentaire. Ce commerce lié à l'industrie, existant depuis maintenant depuis plusieurs siècles n'est pas prêt de disparaître.

Le marché du vintage et de la fripe puise sa richesse dans la temporalité du vêtement.